Sihem Ben Sedrine, militante des droits humains, ancienne prisonnière politique sous Ben Ali et présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD) – chargée du dossier complexe de la justice transitionnelle en Tunisie – a été libérée le mardi 19 février 2025, après 202 jours de détention.
Souriante, Sihem Ben Sedrine a retrouvé ses proches et ses soutiens devant la prison pour femmes de la Manouba, où elle était incarcérée depuis le 1er août 2024, au terme d’un feuilleton judiciaire qui s’était brusquement accéléré en mars 2023, dans un climat de répression croissante contre les activistes politiques et la société civile.
Son arrestation reposait sur des accusations de « procuration d’avantages injustifiés », de « préjudice à l’État » et de « falsification » du rapport final de l’IVD. Ces poursuites menaçaient non seulement la publication de ce document fondamental pour la justice transitionnelle en Tunisie, mais risquaient aussi d’enterrer définitivement ce processus clé de la transition démocratique du pays, brutalement interrompue le 25 juillet 2021 par le président Saied.
Sihem Ben Sedrine, ainsi que sa défense, sa famille et ses soutiens, n’ont cessé de clamer son innocence et de dénoncer une injustice flagrante. En signe de protestation, elle avait entamé une grève de la faim le 14 janvier 2025, jour anniversaire de la Révolution tunisienne. Son état de santé s’étant rapidement dégradé, elle avait été hospitalisée dans un état critique avant de suspendre son mouvement le 30 janvier 2025. Son courage et sa détermination, conjugués aux efforts acharnés de son comité de défense et à une large mobilisation de la société civile, ont déclenché un puissant élan de solidarité. De nombreuses voix internationales se sont élevées en faveur de sa libération, notamment le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), plusieurs rapporteurs spéciaux de l’ONU, l’Union européenne ainsi que plusieurs députés européens.
Cette mobilisation a finalement conduit à sa libération, un signal d’espoir montrant que tout n’est pas encore perdu en Tunisie. Cependant, Sihem Ben Sedrine demeure sous le coup d’une interdiction de voyage, immédiatement dénoncée par la société civile, qui exige l’abandon total des charges à son encontre.
Sa libération constitue une victoire incontestable pour elle-même, pour la justice transitionnelle et pour l’ensemble des défenseurs des droits humains et de la société civile tunisienne. Mais la lutte pour la restauration de l’État de droit, l’indépendance de la justice et la protection des libertés fondamentales est loin d’être terminée. De nombreux – et surtout nombreuses – activistes, journalistes, avocat·e·s et militant·e·s associatifs demeurent emprisonné·e·s. ASF poursuit, en compagnie de leurs partenaires et leurs avocat·e·s, leurs efforts pour qu’ils puissent, eux aussi, retrouver leurs proches et contribuer librement à la construction d’un État démocratique en Tunisie.

